On ne naît pas avec un regard aligné comme un ballet parfaitement orchestré. Le strabisme, ce défaut de parallélisme des yeux, concerne aussi bien les bébés que les adultes et s’installe parfois comme un compagnon indésirable du quotidien. Au fil du temps, la gêne esthétique s’ajoute à une baisse progressive de la vision d’un œil, installant un malaise profond. Pourtant, les solutions existent, variées et adaptées à chaque cas. Voici comment aborder, comprendre et surtout redresser un strabisme, étape par étape.
Les lunettes correctrices, première arme contre le strabisme
Bien souvent, le strabisme prend racine dès la naissance à cause d’une anomalie congénitale. Mais d’autres raisons peuvent aussi expliquer ce trouble et méritent d’être identifiées :
- amblyopie persistante ;
- traumatisme ou choc reçu ;
- hypermétropie non compensée ;
- malformation rétinienne présente dès l’enfance.
Chez le nourrisson, un léger manque de coordination des yeux n’a rien d’alarmant dans les premières semaines. Mais si cette situation perdure au-delà de trois mois, il devient urgent de consulter un professionnel de santé. Plus le cerveau d’un enfant reçoit deux images discordantes, plus l’acuité visuelle s’affaiblit. Agir tôt, c’est éviter la dégradation, et cela passe souvent par le conseil d’un ophtalmologue ou d’un pédiatre, qui décidera du parcours à suivre et jugera de la pertinence d’une éventuelle intervention.
Après un examen minutieux, l’option des lunettes correctrices s’impose fréquemment chez l’enfant. Elles permettent de réaligner progressivement le regard sans intervention chirurgicale. Parfois, un cache est ajouté sur un verre pour forcer l’œil « paresseux » à travailler davantage. Cette solution, si elle est adoptée précocement, idéalement avant deux ans, et suivie avec rigueur, peut suffire à rétablir une vision normale, en évitant ainsi une intervention sur les muscles oculaires.
Le cache sous les lunettes : rééduquer l’œil qui dévie
L’occlusion, qu’elle soit réalisée à même la peau ou sous forme de cache placé sous les lunettes, reste une stratégie courante pour corriger le strabisme. Le principe ? Masquer l’œil dominant afin de contraindre l’œil mal orienté à prendre le relais. Ce pansement occlusif, prescrit et surveillé par un spécialiste, limite l’amblyopie et améliore la vision sans chirurgie. La simplicité de la méthode ne doit pas faire oublier la discipline qu’elle requiert, mais ses résultats peuvent transformer le quotidien d’un enfant.
Rééducation oculaire : retrouver l’équilibre sans bistouri
Les signes du strabisme ne trompent pas : plissements fréquents des paupières, regards fuyants, absence d’alignement des yeux. Ces symptômes révèlent une déformation des muscles oculaires. Pour y remédier, la rééducation se présente comme une solution efficace, surtout chez le jeune enfant. Plus l’accompagnement est précoce, idéalement avant six ans, plus la plasticité cérébrale facilite la correction.
Encadrée par un ophtalmologue ou un orthoptiste, la rééducation consiste à solliciter l’œil déficient à l’aide de prismes et d’exercices adaptés. Les adultes ne sont pas exclus de cette démarche, même si, chez eux, les progrès sont parfois plus lents. L’objectif reste le même : restaurer une vision binoculaire sans recourir systématiquement à la chirurgie.
Toxine botulique : une alternative à la chirurgie
Dans certains cas, notamment pour les strabismes convergents, la toxine botulique offre une voie thérapeutique intéressante. Son action cible les muscles oculaires trop actifs, qu’elle paralyse temporairement pour permettre à l’œil de retrouver un axe plus naturel. Plusieurs injections espacées de six mois peuvent s’avérer nécessaires. Pour les enfants, l’acte se déroule sous anesthésie générale, tandis que les adultes bénéficient d’une anesthésie locale. Cette méthode évite le passage immédiat au bloc opératoire et peut suffire à améliorer la situation.
La chirurgie, dernier recours pour réaligner le regard
Chez l’adulte, le strabisme s’accompagne souvent d’une diplopie, cette vision double handicapante au quotidien. Plus le temps passe, plus la gêne s’accentue, rendant indispensable une consultation rapide auprès d’un ophtalmologue. Après une année d’évolution, la chirurgie peut alors être envisagée. Elle consiste à localiser les muscles défectueux pour les raccourcir ou les déplacer, sous anesthésie générale. Cette intervention, minutieuse, vise à rendre au regard toute sa cohérence et à soulager la vision.
Comprendre les origines et manifestations du strabisme
Le strabisme, aussi désigné sous le nom de « loucherie » ou « œil déviant », se manifeste par un défaut d’alignement des axes visuels. Les yeux peuvent ainsi pointer vers l’intérieur (ésotropie), l’extérieur (exotropie), le haut ou le bas.
Chez l’adulte, les causes varient : faiblesse musculaire, pathologies neurologiques comme la sclérose en plaques, déséquilibre thyroïdien, traumatismes crâniens, ou encore effet secondaire de certains traitements médicamenteux. Du côté des enfants, la génétique et les troubles du développement visuel sont plus fréquemment en cause. Une hypermétropie non corrigée peut également entraîner ce déséquilibre. Bonne nouvelle, chez les plus jeunes, la marge de manœuvre reste large pour corriger la situation.
Dès l’apparition de symptômes, regards qui se croisent, clignements fréquents, désalignement visible,, il faut consulter un ophtalmologiste. Lui seul pourra établir un bilan précis et orienter vers la solution la plus adaptée pour retrouver un regard harmonieux et une meilleure acuité visuelle.
Après l’opération, adopter les bons réflexes
Lorsque la chirurgie du strabisme est décidée chez l’adulte, on ajuste les muscles oculaires pour rétablir l’alignement. Cette intervention rapide, réalisée sous anesthésie locale, permet un retour à domicile dans la journée. Mais quelques précautions sont incontournables pour garantir une récupération sans accroc.
Respecter les consignes médicales après l’opération est la clé d’une convalescence réussie et d’un résultat durable. Retenez ces gestes simples mais décisifs :
- éviter de frotter les yeux ou de mouiller le visage tant que le médecin ne l’a pas autorisé ;
- respecter scrupuleusement le traitement médicamenteux prescrit et les recommandations du praticien ;
- adopter une hygiène de vie rigoureuse, privilégiant une alimentation équilibrée et un sommeil réparateur ;
- porter si besoin des lunettes ou verres correcteurs pour accompagner le repositionnement des yeux.
La réussite d’une opération du strabisme dépend en grande partie de l’application de ces conseils au quotidien et du suivi régulier chez le spécialiste. C’est le prix à payer pour retrouver un regard aligné sur l’avenir, loin des doubles images et des doutes silencieux.

